Culture de lavande dans le Lot. Faut-il s’inquiéter des nouvelles réglementations imposées par l’Europe ?

Actu Lot – La vie quercynoise n°3959 du jeudi 30 septembre 2021

Les lavandiculteurs du Lot s’inquiètent de la loi REACH de l’Union Européenne qui classe les huiles essentielles comme produits chimiques.

© Marie-Françoise Plagès

Sur les réseaux sociaux, dans les médias, de nombreuses voix s’élèvent cherchant à sensibiliser le public sur une possible disparition annoncée de la culture de lavande et de cultures associées. Des agriculteurs et distillateurs de la filière de Plantes à Parfum Aromatiques et Médicinales, représentés par PPAM de France et l’Union des Professionnels, demandent à la Commission Européenne de prendre en compte la spécificité des produits naturels ; en particulier celle des huiles essentielles.

La filière PPAM se mobilise autour de la loi REACH © de Photo de David Bartus sur Pexels.com

Ils ont lancé une pétition en ligne, sur le site « change.org » (« Pétition contre la disparition des huiles essentielles et des produits naturels »), pour alerter sur une potentielle réglementation européenne, qui pourrait entrer en vigueur en 2025.

Une loi qui met en péril toute une profession

Depuis 2018, la loi REACH (réglementation la plus exigeante au monde en termes de protection de la santé et l’environnement vis-à-vis des produits chimiques) a classifié les huiles essentielles comme produits chimiques. « Cette loi vise à renforcer sensiblement la protection de la santé humaine et de l’environnement contre les produits chimiques nocifs… » selon Acte International de janvier 2021. C’est-à-dire que toute la filière lavandicole pourrait être vouée à disparaître du fait de « certaines molécules nocives » contenues dans les huiles essentielles que l’on retrouve dans des parfums, lessive, cosmétiques… La profession souhaite la déclassification des huiles essentielles de la loi REACH. Car en écho à cette loi ce sont bien d’autres huiles essentielles qui pourraient être impactées et disparaître.

Une lavandicultrice, basée à Lendou-en-Quercy, Marie-Hélène Lecoq, propriétaire de 80 ares environ (plus de 9000 plants de lavande fins), s’interroge comme ses collègues sur le devenir de leur profession et de tout ce qui en découle. « C’est logique que des produits soient encadrés par une législation. Mais celle concernant les huiles essentielles est très lourde, surtout depuis la loi REACH. D’ailleurs c’est très surprenant de les avoir classées dans les produits chimiques. De plus la région Occitanie est en train de mobiliser et de développer la filière PPAM, c’est un projet tout à fait viable et cette loi est bien entravante. Mais en fait, la commercialisation est freinée par l’Europe et l’arrivée sur le marché d’autres huiles essentielles moins chères venant de Bulgarie, Roumanie et d’autres pays de l’Est, qui ne sont pas forcément soumises aux mêmes règles de production. Il serait bien d’avoir une conscience professionnelle du produit, qu’il soit analysé correctement. »

Elle ajoute : « depuis que j’ai démarré en 2011, j’ai l’impression parfois que plus j’avance, plus on met des bâtons dans les roues alors qu’on aurait besoin de soutien. Au fil des ans, la loi se durcit. Il faut être solide face à tous les tourments, et face à de gros laboratoires, nous sommes fragiles. L’essentiel serait d’arriver à faire prendre conscience que c’est un produit naturel ».

Loi REACH, un pavé dans la mare

La logique de la réglementation drastique de l’Union Européenne soulève deux cas de figure : cette loi est opportune pour protéger un marché industriel au détriment des petits producteurs ou bien elle est là pour protéger de plus en plus le consommateur.

Mais dans tous les cas, la classification des molécules potentiellement toxiques serait la mort des huiles essentielles.

Benjamin Zimra, distillateur installé à Escamps, a un regard plutôt confiant mais reste quand même très vigilant. « J’ose imaginer que le gouvernement ne laissera pas passer cela car l’agriculture va être touchée. Je préfère être optimiste et voir le verre à moitié plein. Par contre, il faut continuer de sensibiliser les consommateurs. Le projet de loi permet de mettre en lumière une filière très méconnue ainsi que tous les acteurs qu’elle fédère. L’important comme pour mon exploitation est de développer d’autres filières, trouver de nouveaux producteurs-agriculteurs. Ainsi ils peuvent se diversifier, cela renforce notre production. Mais bien sûr je regarde avec intérêt les évolutions de la réglementation et reste vigilant. Et surtout continuons avec toute notre énergie à développer notre savoir-faire, notre filière. »

Les huiles essentielles sont riches de nombreux composants et cela depuis la nuit des temps. Par contre, il faut un minimum de connaissances pour savoir les utiliser de manière générale à bon escient. Certaines huiles essentielles peuvent présenter une dangerosité suivant leur application.

Alors même si la loi REACH sécurise quant à la consommation des produits, il ne faudrait pas confondre les genres, avec les personnes qui ne savent pas utiliser correctement les huiles essentielles et les personnes qui les utilisent régulièrement en connaissance de cause. En effet, il est important d’informer et de sensibiliser les gens sur les utilisations possibles et d’autres moins recommandées. Chaque huile essentielle a sa propre spécificité. Certaines sont dermocaustiques, d’autres déconseillées à la diffusion. Il faut bien les connaître, d’ailleurs très souvent les pharmaciens sont là pour conseiller.

Bio 46 et les lavandiculteurs

L’agence Bio 46 se veut aussi rassurante. « Il faut effectivement rester vigilant mais confiant. Le Lot est réputé pour l’essence de lavande grâce à la qualité de la terre du Causse. En 1935, le Lot cultivait environ 50 ha de lavande, avant 1950 il y avait plus de 250 producteurs et aujourd’hui ce sont environ 22 ha (production bio et conversion) pour 35 producteurs Bio. C’est en augmentation de plus de 41 % par rapport en 2017 et correspond aussi à la politique d’Occitanie qui tend à développer cette production. »

Quelques chiffres: en 2019, surface PPAM bio et en conversion 29ha pour 42 producteurs (+44 % par rapport à 2018). Source observatoire de l’AB en Occitanie; surface non bio : 22,33 hf (source : déclaration pac 2019); en août 2021, 35 producteurs de lavande bio référencés sur l’annuaire de l’agence Bio.

Tous les lavandiculteurs lotois sont soucieux de préserver leur savoir-faire et la qualité de leurs produits. Sauver le naturel devient pour eux un enjeu crucial.

MARIE-FRANÇOISE PLAGÈS

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