Castelnau Mtier. Une œuvre du Chemin des Arts Cades a fait polémique

Actu Lot – La vie quercynoise n°3996 du jeudi 16 juin 2022

Depuis plusieurs années, le Chemin des Arts Cades, exposition estivale à ciel ouvert, existe à Castelnau-Montratier. Mais une œuvre mal comprise a cette année fait polémique.

© M-F Plagès
Le dessin qui a suscité une polémique au Chemin des Arts Cades à Castelnau-Montratier dans le Lot. (M-F Plagès©Actu Lot)

Depuis 2018, l’art dans la rue, plus connu sous le nom de « chemin des Arts Cades » donne la libre expression, sur des thèmes choisis, à une vingtaine d’artistes (peintres, sculpteurs…) réalisant des marouflages qui jalonnent les murs de Castelnau-Montratier durant la période estivale.

Les mots « libre expression » ont ici toute leur importance puisque dans un état dit démocratique, elle devrait avoir une résonance particulière sans que l’on ne jette l’anathème sur des artistes, des peintures, des représentations ou dessins que l’on ne comprend pas ou qu’on a mal interprété.

Dans un monde où la communication est le maître mot, où nous sommes gavés d’images, d’infos, d’intox, on peut s’interroger sur la manière dont chacun s’approprie et interprète tout cela. La compréhension fait-elle encore partie de notre réflexion ? Comment appréhendons-nous ce monde de l’image et les créations des artistes ?

Un fait pas commun

Chemins des Arts Cades est devenu, au fil des ans, un rendez-vous incontournable des animations de l’été. 2022 sonne la 5e édition et peut-être la dernière. Un coup de tonnerre venant perturber le bon déroulement.

Ce grand rendez-vous des artistes, à qui il est donné de s’exprimer au travers de peintures accolées sur les murs se déroule habituellement du 1er juillet au 30 septembre 2022. Un petit collectif s’est créé autour de cette manifestation et a choisi comme thème en toile de fond : « Le lien. Le Lien se tisse, invite au jeu, entre deux personnes, entre le ciel et la terre, le conscient et l’inconscient, entre deux peuples, deux cultures… Entre deux couleurs, deux rives, deux espaces… »

Un vaste sujet qui devrait nous faire réfléchir sur notre monde actuel.

Le Touareg de la colère

En rappel avec le thème, une série a été imaginée par l’artiste Soline. Elle explique son travail : « j’ai peint dix personnages à placer en vis-à-vis pour symboliser le lien entre des personnes qui a priori n’en ont pas, de différentes époques et cultures afin de les faire se rassembler dans la grande famille humaine. Une danseuse africaine à côté d’une ouvrière d’usine du XXe siècle (Je danse pour toi, je travaille pour toi…). Une savante avec un moine bouddhiste (l’union de la religion et de la science). Un Égyptien antique avec un homme du futur. Une paysanne du Moyen-Âge avec un mannequin du XXe siècle. Et, enfin, un Touareg du désert rencontrant un homme d’affaires en costume et téléphone portable ».

Il est évident que pour Soline, tous ces dessins ne sont absolument pas connotés d’idées politiques.

C’est ce Touareg qui a « déchaîné les foudres de certains habitants qui sont entrés dans une colère noire » prenant ce dessin comme une connotation politique et décrivant ce marouflage comme « une image sacrilège ».

En effet, le Touareg a été vu comme une femme en burka et l’homme d’affaires a été pris pour un pétainiste…

D’ordinaire lorsque nous ne sommes pas d’accord avec un fait, il est bien venu d’aller trouver la personne à l’origine du mécontentement et d’expliquer, tout simplement que l’on ne comprend pas ce que cela représente. Si après explications la personne ne souhaite pas une telle représentation sur ses murs, il n’y a aucun problème à ce qu’il soit enlevé.

Susceptibilités exacerbées

Cette tempête culturelle autour d’une image a déchaîné les passions, les susceptibilités de tout crin. En revanche, certains n’ont pas hésité à conforter les artistes dans leurs démarches et ont apporté de sérieux soutiens et encouragements. D’ailleurs, des habitants et habitantes du village, qui ont eu vent de l’incident, souhaitaient avoir cette image sur leurs murs.

Sans faire de procès d’intention, sans vouloir rajouter de l’huile sur le feu, peut-être pouvons-nous nous poser la question : quel sens, interprétation donner aux représentations picturales sans provoquer la censure et l’animosité vis-à-vis de ce que l’on ne comprend pas ?

Peut-être que cet événement, pas si anodin, sera une source d’inspiration pour un artiste du Chemin des Ars Cades, pour mettre, en vis-à-vis, deux personnages l’hydre de la colère face à l’artiste qui imagine un monde plus juste…

© Marie-Françoise Plagès

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